Je suis

Je suis

Je suis un de tes rires, un de tes rêves, ton inconnu(e), ta conteuse, ta questionneuse, ton sable diamant, ton miroir de clarté voilé-dévoilé, ton art poétique en un seul mot, ta Sisyphe heureuse, ton insomnie, ton autre rythme, ton livre entrouvert, ton incipit, ta bright side of the moon
Je suis Soleille aux yeux vermeils
Je suis l’encre virtuelle, l’épiphanie, le hiatus, le chaperon blanc, le lapis lazuli, le gel et le dégel, le noeud rythmique, l’espiègle, la mariée sans voile, la dispensée, la sentinelle, l’égarée, l’âmie, la divine surprise, l’Ethernité, l’impalpable, la jeune novice, la pas bien comme il faut, la traversée, la variation, la Zarathoustra, la Gradiva, la furtive, la fugueuse, la douce Assomption du Titien, l’Ame volatile, l’Ame solitaire, l’infinir suave, l’alpha bleu sans oméga, l’idéal aux ailes pourpres sans l’ourlet noir du spleen, l’Eden jamais perdu
Je suis la trousse de billes, l’insolence, la tour de Pise tout au bord de l’abîme, la mise en abyme, la sur-vivance
Je parle cette langue obscure que peu comprennent, je suis danse, fulgurance, jubilation, neige de cristal, ascèse voluptueuse, conjuration spontanée
Viens dès l’aube, au son des cloches
Ecoute, je deviens la mélopée de ton Livre Vermeil
Dans mon alphabet secret, je trace pour toi :
des calligraphies, des flotteurs lumineux pour envahir l’espace
des vertiges, des oiseaux bleus, des scarabées turquoises, des courants d’air
Laisse pour moi les traces de ton passage, tes tremblements, tes élans, tes trajectoires
Je pleure aussi tu sais :
des larmes de joie, des larmes outremers fondues dans l’or et la nacre, des larmes du ciel en crescendo vers l’Azur
Toi qui ne fait que passer, ne passe pas trop vite…
Donne-moi une parenthèse jamais fermée dans ton coeur
Recueille en toi l’horizon de mes toiles qui recule sans cesse, je t’offre un instant de…
Regarde
Respire
Cherche l’exode dans le rouge
Prends refuge dans le bleu
J’aime et je suis aimée d’un fragment de nuit, d’un portrait nomade, d’un tableau imaginaire qui me jette soudainement dans l’extase
Toi qui ne fait que passer, ne passe pas trop vite…
Viens me rejoindre sur le seuil du Mystère !
Si tu sais attendre comme on attend son aimé, si tu sais voir comme tu n’as jamais vu et si je sais moi aussi…
Je peindrai pour toi la nudité sauvage, l’Eros léger

Je-perdu, je-retrouvé, je-ému, je-vulnérable, je-indice…

Voici pour toi, pour nous, pour vous
voici les oeuvres
voici les fragments de vie
de l’ange troglodyte

Emilie de Condé