Ainsi le mystère

Ainsi le mystère

Cette source sur laquelle vous vous penchez lorsque vous peignez et qui est en vous la source,

vous cherchez de tout côté qui la crée.

Quand elle vous échappe elle devient le ruissellement de vos mains.

Présence musicienne.

Chaque fois vous relancez l’élan,

l’élan perdu et retrouvé

dans un long balancement vers le ciel offert, ouvert.

Et sans cesse retiré.

Il vous faut franchir le plan par la poussée qui vous tire.

Chaque arrêt devient élan.

Votre corps soudain sans peur de ses racines d’or.

Dans la nuit du soleil l’enfant-peintre en vous déjà veillait.

Votre peinture sort de l’ombre,

brasse les grains de sable pour n’en retenir que la lumière.

Ils deviennent graines de jour, elles le nourrissent.

Au cœur de chaque peinture la rose de l’univers

parfois enroulée sur elle-même,

parfois fragmentée en une sorte de cubisme.

Votre travail tombe vers un centre qui l’aspire.

Votre âme de plus en plus profonde vient avec douceur à sa rencontre

pour lui dérober le fond et le mettre à nu par effet de surface.

Vous allez vers une litanie, une magie de l’art.

Aux êtres et aux choses vous donnez un corps plus subtil

afin que derrière le visible s’accomplisse l’enchantement

c’est un long travail.

Il vous rend ignorante et connaissante.

Vous tremblez.

La peinture devient l’espace presque sans matière,

juste recouvert de couleurs, de mystères.

En aucun cas il s’agit d’un songe.

Reste l’énigme à découvrir.

Nécessaire travail de patience – silence de la clarté.

Savoir et ne pas savoir dans le même temps.

Masse, élan, cime. Montagne intérieure.

Non ce n’est pas un songe.

Il faut que l’obscur mystère du monde s’illumine.

Votre peinture :  une étrange visite – contact du sans limite.

Ainsi rue le mystère. Vous allez vers lui.

C’est votre manière de créer un autre temps, un autre rythme.

Vous ouvrez une trappe vers le haut, vers l’immense.

Comment le faire tenir en un tableau ?

Texte de Jean-Paul Gavard-Perret pour Emilie de Condé

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